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 "published": "Tue Oct 15 2024 23:13:07 GMT+0200 (Central European Summer Time)",
 "updated": "Tue Oct 15 2024 23:13:07 GMT+0200 (Central European Summer Time)",
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 "content": "<section>\n<blockquote>\n<p>Au cours de ses escales, le th\u00e9 a d\u00fb apprendre \u00e0 composer, \u00e0 d\u00e9truire certaines parties de lui-m\u00eame pour en faire pousser d'autres. Le voyage nous force \u00e0 faire la m\u00eame chose. Plusieurs fois, on m'a demand\u00e9 comment je faisais pour supporter la misogynie extr\u00eame de certains pays et continuer d'y voyager malgr\u00e9 tout. Tout d'abord, j'ai toujours \u00e9t\u00e9 surprise qu'on ne pose pas cette question \u00e0 mes homologues masculins, comme si on trouvait tout \u00e0 fait normal que, eux, puissent s'accommoder du sexisme et de l'homophobie. N'adresser cette question qu'aux femmes trahit \u00e0 mon sens des arri\u00e8re-pens\u00e9es qui font partie du probl\u00e8me. Ensuite, o\u00f9 aller, o\u00f9 vivre, dans ce cas ? Si quelqu'un conna\u00eet un pays qui traite les femmes \u00e0 \u00e9galit\u00e9 avec les hommes, qu'il m'en donne le nom. Il y a des diff\u00e9rences de degr\u00e9s, je le conc\u00e8de. Mais r\u00e9duire l'immensit\u00e9 d'un pays ou d'une culture \u00e0 sa politique et \u00e0 ses ignominies quotidienne est, \u00e0 mon sens, contre-productif, et ne contribue qu'\u00e0 y enfermer pour de bon celles et ceux qui en souffrent. Alors, la seule r\u00e9ponse que je puisse apporter est simple : je ne le supporte pas. J'ai senti mon coeur se fracasser plusieurs fois. Et c'est peut-\u00eatre cela qui fait de moi un \u00eatre humain. En Inde, j'ai d\u00e9couvert qu'on pouvait faire des nuits blanches de rage. Le sentiment d'impuissance, \u00e7a vous bousille de l'int\u00e9rieur. C'est \u00e0 cet endroit qu'il est difficile d'\u00eatre : celui de la double absence. Ne plus \u00eatre ni ici ni ailleurs \u2014 observer sans jamais faire partie. Mais je crois que c'est  pr\u00e9cis\u00e9ment cette faille que je cherche : elle contient la libert\u00e9 la plus radicale. Aller o\u00f9 je ne suis pas, revenir o\u00f9 je ne suis plus. Un aller-retour permanent , une n\u00e9gociation avec mes propres valeurs, avec les id\u00e9es auxquelles je crois. C'est aussi ce que le th\u00e9 a fait : partir, revenir, et entre-temps tr\u00e9bucher. Mais, toujours, se m\u00e9tarmorphoser au contact de l'alt\u00e9rit\u00e9. Voyager, c'est se confronter \u00e0 cette alt\u00e9rit\u00e9, pour le meilleur et pour le pire ; creuser des tranch\u00e9es en soi qui dessinent peu \u00e0 peu de nouveaux contours \u2014 et apprendre \u00e0 distinguer les ancrages.</p>\n<p>\u2014 Lucie Azema, <em>L'usage du th\u00e9</em></p>\n</blockquote>\n</section>",
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