{
 "url": "https://11d.im/journal/2026/20260902154904-salvation/",
 "published": "Thu Sep 03 2026 00:20:38 GMT+0200 (Central European Summer Time)",
 "updated": "Thu Sep 24 2026 16:04:59 GMT+0200 (Central European Summer Time)",
 "author": {
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 "content": "<section>\n<p>Le film d\u00e9marre sur le retour au bercail de <a href=\"https://en.wikipedia.org/wiki/Village_guard_system\">la garde de village</a>, des civils arm\u00e9s par l'\u00c9tat turc dans sa lutte contre le PKK, dans un village fictif \u00e0 flanc de montagne, le Haut-Pingan.\nPlus bas, dans la vall\u00e9e, il y a un second clan dont les hommes n'auraient pas particip\u00e9 \u00e0 l'embrigadement paramilitaire, mais dont les familles reviennent maintenant que le conflit est termin\u00e9.\nC'est sur ce fond de rivalit\u00e9 qu'Emin Alper d\u00e9roule une m\u00e9canique shakespearienne de la violence.</p>\n<p>L'asym\u00e9trie est telle qu'on ne saura pas grand-chose sur le second plan.\nTout se passe du point de vue des du premier clan.\nOn aper\u00e7oit les seconds de loin \u00e0 travers des jumelles.</p>\n<p>Le r\u00e9cit est lin\u00e9aire dans la mesure o\u00f9 il n'est pas trop difficile de savoir que l'on se dirige vers une forme d'horreur.\nLe film nous avertit d\u00e8s le d\u00e9but qu'il est inspir\u00e9 de faits r\u00e9els : <a href=\"https://en.wikipedia.org/wiki/Mardin_engagement_ceremony_massacre\">le massacre du mariage de Mardin</a> ayant eu lieu en 2009.\nL'escalade est minutieusement construite.\nRien ne laisse penser que cela va bien se terminer.\nC'est la r\u00e9p\u00e9tition d'un cycle d\u00e9j\u00e0 bien document\u00e9 par ailleurs.</p>\n<p>J'ai ainsi trouv\u00e9 que c'\u00e9tait un film int\u00e9ressant sur la psychologie des groupes et des foules.\nIl y a un jeu sur l'ambigu\u00eft\u00e9 de la folie qui devient totale en traversant les niveaux de la r\u00e9alit\u00e9.\nLa d\u00e9rive parano\u00efaque n'est pas celle d'un seul homme.\nIl r\u00e9siste d'ailleurs timidement \u00e0 la pression sociale et ne c\u00e9dera \u00e0 l'hyst\u00e9rie collective que plus tard.\nElle contamine aussi l'intimit\u00e9 onirique de la communaut\u00e9 d'hommes et de femmes pourtant montr\u00e9s comme soigneusement s\u00e9par\u00e9s dans leurs moments de religiosit\u00e9.\nLes sc\u00e8nes de transe collective \u00e0 travers des chants et des rituels sont hypnotiques.</p>\n<p>Le village est \u00e9galement un acteur \u00e0 part enti\u00e8re du film.\nSon architecture labyrinthique, tout en tunnels, coursives et escaliers, fusionne avec la montagne, qui devient autant un rempart que la prison d'une fatalit\u00e9 implacable.\nOn s'y perd autant que les personnages perdent le sens de leur r\u00e9alit\u00e9 et de leur v\u00e9rit\u00e9.\nDu point de vue de l'image, l'esth\u00e9tique min\u00e9rale est magnifique et impeccable.</p>\n<p>Le pouvoir, le cheikh comme les gendarmes, est montr\u00e9 comme ridicule et compl\u00e8tement hors-sol, planant de fa\u00e7on passive dans un autre niveau de texte dans une sorte de virtualit\u00e9 qui n'a aucune prise sur les \u00e9v\u00e9nements qui ont leur racine dans des passions souterraines.</p>\n<p>Il semblerait que ce film ne soit <a href=\"https://www.courrierinternational.com/article/en-salle-pourquoi-salvation-d-emin-alper-a-ete-critique-en-turquie_265274\">re\u00e7u que ti\u00e8dement</a> malgr\u00e9 son <a href=\"https://en.wikipedia.org/wiki/Salvation_(2026_film)\">Ours d'argent au Festival international du film de Berlin</a> de cette ann\u00e9e.\nPersonnellement, j'ai trouv\u00e9 que c'\u00e9tait un film dur et juste.\nMalgr\u00e9 son inspiration originelle, il y a dans son r\u00e9cit une part d'universalit\u00e9 terrifiante, une politique locale qui pourrait se passer partout, ailleurs et \u00e0 n'importe quelle \u00e9poque.</p>\n<p>(D'ailleurs, les sous-titres utilisent le terme de \"vendetta\" pour traduire le cycle de violence dans lequel les personnages se d\u00e9signent comme embourber.\nIl me semble avoir lu un terme correspondant \u00e0 ce contexte mais impossible de remettre la main dessus.)</p>\n</section>",
 "content-plain": "Le film d\u00e9marre sur le retour au bercail de la garde de village, des civils arm\u00e9s par l'\u00c9tat turc dans sa lutte contre le PKK, dans un village fictif \u00e0 flanc de montagne, le Haut-Pingan. Plus bas, dans la vall\u00e9e, il y a un second clan dont les hommes n'auraient pas particip\u00e9 \u00e0 l'embrigadement paramilitaire, mais dont les familles reviennent maintenant que le conflit est termin\u00e9. C'est sur ce fond de rivalit\u00e9 qu'Emin Alper d\u00e9roule une m\u00e9canique shakespearienne de la violence.\n\nL'asym\u00e9trie est telle qu'on ne saura pas grand-chose sur le second plan. Tout se passe du point de vue des du premier clan. On aper\u00e7oit les seconds de loin \u00e0 travers des jumelles.\n\nLe r\u00e9cit est lin\u00e9aire dans la mesure o\u00f9 il n'est pas trop difficile de savoir que l'on se dirige vers une forme d'horreur. Le film nous avertit d\u00e8s le d\u00e9but qu'il est inspir\u00e9 de faits r\u00e9els : le massacre du mariage de Mardin ayant eu lieu en 2009. L'escalade est minutieusement construite. Rien ne laisse penser que cela va bien se terminer. C'est la r\u00e9p\u00e9tition d'un cycle d\u00e9j\u00e0 bien document\u00e9 par ailleurs.\n\nJ'ai ainsi trouv\u00e9 que c'\u00e9tait un film int\u00e9ressant sur la psychologie des groupes et des foules. Il y a un jeu sur l'ambigu\u00eft\u00e9 de la folie qui devient totale en traversant les niveaux de la r\u00e9alit\u00e9. La d\u00e9rive parano\u00efaque n'est pas celle d'un seul homme. Il r\u00e9siste d'ailleurs timidement \u00e0 la pression sociale et ne c\u00e9dera \u00e0 l'hyst\u00e9rie collective que plus tard. Elle contamine aussi l'intimit\u00e9 onirique de la communaut\u00e9 d'hommes et de femmes pourtant montr\u00e9s comme soigneusement s\u00e9par\u00e9s dans leurs moments de religiosit\u00e9. Les sc\u00e8nes de transe collective \u00e0 travers des chants et des rituels sont hypnotiques.\n\nLe village est \u00e9galement un acteur \u00e0 part enti\u00e8re du film. Son architecture labyrinthique, tout en tunnels, coursives et escaliers, fusionne avec la montagne, qui devient autant un rempart que la prison d'une fatalit\u00e9 implacable. On s'y perd autant que les personnages perdent le sens de leur r\u00e9alit\u00e9 et de leur v\u00e9rit\u00e9. Du point de vue de l'image, l'esth\u00e9tique min\u00e9rale est magnifique et impeccable.\n\nLe pouvoir, le cheikh comme les gendarmes, est montr\u00e9 comme ridicule et compl\u00e8tement hors-sol, planant de fa\u00e7on passive dans un autre niveau de texte dans une sorte de virtualit\u00e9 qui n'a aucune prise sur les \u00e9v\u00e9nements qui ont leur racine dans des passions souterraines.\n\nIl semblerait que ce film ne soit re\u00e7u que ti\u00e8dement malgr\u00e9 son Ours d'argent au Festival international du film de Berlin de cette ann\u00e9e. Personnellement, j'ai trouv\u00e9 que c'\u00e9tait un film dur et juste. Malgr\u00e9 son inspiration originelle, il y a dans son r\u00e9cit une part d'universalit\u00e9 terrifiante, une politique locale qui pourrait se passer partout, ailleurs et \u00e0 n'importe quelle \u00e9poque.\n\n(D'ailleurs, les sous-titres utilisent le terme de \"vendetta\" pour traduire le cycle de violence dans lequel les personnages se d\u00e9signent comme embourber. Il me semble avoir lu un terme correspondant \u00e0 ce contexte mais impossible de remettre la main dessus.)",
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 "name": "Salvation (2026)"
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