{
 "url": "https://11d.im/journal/2026/20260116130031-ecrire-en-francais-decolonise/",
 "published": "Fri Jan 16 2026 14:43:59 GMT+0100 (Central European Standard Time)",
 "updated": "Fri Jan 16 2026 15:13:31 GMT+0100 (Central European Standard Time)",
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 "content": "<section>\n<p>En ce moment, je travaille quotidiennement avec les mots, plut\u00f4t que le code, les traits, les couleurs ou les chiffres, c'est mon terrain de jeu.\nCette exploration me ram\u00e8ne \u00e0 la question de la langue et de mon identit\u00e9.\nJ'essaie moins de me justifier que de rendre manifeste de fa\u00e7on logique un fil de pens\u00e9es qui m'\u00e9chappe quand je ne fais que y penser.</p>\n<p>Le fran\u00e7ais n'est tout bonnement pas ma langue maternelle.\nLes premiers mots que l'on m'a appris et que j'ai su dire sont dans une autre langue.\nLa langue de mes parents n'est pas le fran\u00e7ais.\nIls le parlent certes.</p>\n<p>Le fran\u00e7ais est par contre la langue de mon \u00e9ducation, de mon parcours scolaire.\nJ'ai fait toutes mes \u00e9tudes en France et en fran\u00e7ais.\n\u00c0 l'entr\u00e9e de l'\u00e9cole maternelle, on m'a fait chang\u00e9 de pr\u00e9nom parce ce que les sons n'\u00e9taient pas ceux de cette langue.</p>\n<p>Dans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, on ordonne les langues vivantes par ordre d'apprentissage.\nLa norme fait donc, par exemple, qu'\u00e0 l'entr\u00e9e au coll\u00e8ge, on choisit une langue, europ\u00e9enne autre que le fran\u00e7ais, qui deviendra notre premi\u00e8re, autre, langue vivante, notre LV1.</p>\n<p>Je n'ai compris que tr\u00e8s r\u00e9cemment que mon rapport compliqu\u00e9 au fran\u00e7ais \u00e9tait un rapport compliqu\u00e9 aux cours de fran\u00e7ais, qui \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la confusion entre la francophonie, la culture nationale, la litt\u00e9rature nationale, la langue nationale, son centralisme et les tensions avec les r\u00e9gionalismes.\nJe ne comprenais rien aux devoirs et aux exercices.\nJ'ai \u00e9t\u00e9 un cancre dans cette mati\u00e8re sans jamais vraiment comprendre pourquoi.\nJe ne comprenais pas qu'on m'apprenait autant une langue qu'\u00e0 devenir Fran\u00e7ais.\nJe n'ai ainsi vraiment appris ni \u00e0 \u00e9crire ni \u00e0 aimer \u00e9crire en fran\u00e7ais.\nC'est une langue \u00e0 la fois naturelle et imm\u00e9diate tout en \u00e9tant profond\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re.\nLe fran\u00e7ais est en fait ma LV1.</p>\n<p>Pour reprendre les mots de Frantz Fanon<label class=\"margin-toggle sidenote-number\" for=\"sn-fanon-masque\"></label><input class=\"margin-toggle\" id=\"sn-fanon-masque\" type=\"checkbox\"/><span class=\"sidenote\">Je ne vais pas chercher tr\u00e8s loin, c'est l'explicite du titre de son ouvrage le plus c\u00e9l\u00e8bre : <em>Peau noire, masques blancs</em>.</span>, le fran\u00e7ais a toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un masque.\nJe suis bien conscient que j'essaie de formuler maladroitement une banalit\u00e9 diffuse de personnes des personnes racis\u00e9es vivant sur le territoire de l'ancienne <em>m\u00e8re</em> patrie.\nLa m\u00e9taphore du masque m'est bien utile, car elle permet d'objectiver un d\u00e9calage entre la langue, identit\u00e9 et possession, je ne suis pas ma langue, ce n'est pas ma langue.\nLa ma\u00eetrise de la langue ne dit pas grand-chose des uns et des autres, ce qu'ils pensent et la mani\u00e8re dont ils le pensent.</p>\n<p>C'est peut-\u00eatre pour \u00e7a que j'ai fait de l'anglais ma langue de travail loin avant d'en avoir un niveau convenable.\nTout d'abord parce que c'est la langue de la science.\nD\u00e8s que j'ai pu, au milieu de la maitrise, je me suis mis \u00e0 lire des articles scientifiques en anglais.\nJ'\u00e9tais abasourdi par la pauvret\u00e9, en quantit\u00e9, des traductions vers le fran\u00e7ais ainsi que les strat\u00e9gies d'accaparement et de distinction de certains corpus par des personnes ou des \u00e9coles.\nL'anglais me semblait \u00eatre la langue qui allait me permettre d'\u00e9chapper aux chemins tout trac\u00e9s de l'universit\u00e9 fran\u00e7aise et de son provincialisme.\nJ'avais l'impression de participer \u00e0 la conversation et de jouer au jeu de la connaissance plut\u00f4t que de marquer mon territoire pour une place inexistante \u00e0 la fac et qui de toute fa\u00e7on ne me serait pas destin\u00e9e.\nJ'avais aussi l'impression que \u00e7a me donnait un avantage parce que j'avais acc\u00e8s \u00e0 plus de ressources et que \u00e7a m'offrait aussi une porte de sortie vers d'autres territoires g\u00e9ographiques, de multiplier les partenaires de conversation.\nEn anglais, on ne me faisait pas la remarque que je n'ai <em>pas</em> d'accent.\nParce qu'en ai un, mais aussi parce que c'est normal que tout le monde en ait un, surtout les Allemands<label class=\"margin-toggle sidenote-number\" for=\"sn-allemands\"></label><input class=\"margin-toggle\" id=\"sn-allemands\" type=\"checkbox\"/><span class=\"sidenote\">Souvenir du discours de quelques personnes allemandes qui jugeaient de tr\u00e8s haut le niveau d'anglais des autres tout en faisant des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, mais surtout en parlant avec un accent vraiment pittoresque.</span> ou les texans qui n\u2019articulent rien du tout<label class=\"margin-toggle sidenote-number\" for=\"sn-texans\"></label><input class=\"margin-toggle\" id=\"sn-texans\" type=\"checkbox\"/><span class=\"sidenote\">Autre bon souvenir d'un s\u00e9minaire de sociolinguistique o\u00f9 un invit\u00e9 m'a fait r\u00e9alis\u00e9 avec mon voisin qu'il y a une hi\u00e9rarchie de l\u00e9gitimit\u00e9 des accents.</span>.\nC'\u00e9tait bien na\u00eff, mais c'est comme \u00e7a.</p>\n<p>Ensuite la langue anglaise est devenue une langue du quotidien.\nJ'ai pu travailler dans des environnements internationaux o\u00f9 les locuteur\u00b7rices francophones \u00e9taient en minorit\u00e9.\nLe travail scientifique m'a aussi permis de voyager.\nJ'ai ainsi pu profiter de certains d\u00e9placements pour rencontrer des bouts de ma famille exil\u00e9e aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 Hong-kong.\nCela m'a fait conscientiser qu'\u00e0 quelques hasards t\u00e9nus pr\u00e8s, j'aurais tr\u00e8s bien pu troquer le fran\u00e7ais pour une variante de l'anglais comme langue nationale.</p>\n<p>R\u00e9cemment, j'ai accept\u00e9 une mission avec de la r\u00e9daction en anglais.\nJ'en suis tr\u00e8s content, je retrouve une familiarit\u00e9 avec cette langue apr\u00e8s une petite d\u00e9cennie dans des milieux majoritairement francophones.\nJe sentais bien que ma capacit\u00e9 \u00e0 m'exprimer en anglais se d\u00e9gradait.\nMa\u00eetriser l'anglais est un privil\u00e8ge et une source de privil\u00e8ges, certes, mais \u00e7a me rendait aussi triste de perdre l'usage de cette langue, de cet instrument qui est un lien avec des proches.</p>\n<p>L'anglais est \u00e9videmment aujourd'hui une langue de domination, la langue de l'imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, autant sur le plan g\u00e9ographique que culturel.\nSur twitter, j'\u00e9crivais en anglais, parce qu'au d\u00e9part, il y avait quand m\u00eame assez peu de francophones s'exprimant en fran\u00e7ais, mais je prenais aussi un certain soin de me tenir \u00e9loigner de la sph\u00e8re francophone et de ses microcosmes.\nAvec le retour sur Mastodon, je m'\u00e9tais r\u00e9solu \u00e0 revenir bon gr\u00e9 mal gr\u00e9 \u00e0 des conversations fran\u00e7aises et en fran\u00e7ais.\nCe retour \u00e0 cette langue me fait r\u00e9aliser que c'\u00e9tait une forme de l\u00e2chet\u00e9, un autre masque, celui de la distance et du snobisme.</p>\n<p>Dans la m\u00eame mission, on m'a demand\u00e9 de produire en fran\u00e7ais et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s mauvaise exp\u00e9rience.\nJe red\u00e9couvre que je ne sais pas vraiment \u00e9crire en fran\u00e7ais, je sais produire les sons et les mots, mais je ne sais pas articuler mes id\u00e9es, tout cela sort en \u00e9tant hors de mon contr\u00f4le, de fa\u00e7on compulsive et impulsive.\nJe sais faire semblant, je sais jouer le jeu, je sais porter un masque et sa langue.\nEn fait, je ne fais attention quand j'\u00e9cris et je ne sais pas le faire.\nJe n'ai pas cette vigilance que j'ai vis-\u00e0-vis d'autres langues.\nMes impairs et mes incapacit\u00e9s sont normalis\u00e9s et me sont assign\u00e9s.\nPeut-\u00eatre que c'est pour cela que je n'aimais pas me relire, je ne voulais pas lire le manque de soin \u00e0 moi-m\u00eame.\nEn me recentrant sur une autre langue \u00e0 d\u00e9couvrir, j'ai de la mati\u00e8re \u00e0 travailler, mais cette fois cela sera la mienne et une occasion de me r\u00e9inventer.</p>\n<p>Le fran\u00e7ais peut donc devenir, pour moi, une langue d'\u00e9criture, une langue po\u00e9tique, une langue dont les mots, et leurs agencements, sont \u00e0 la bonne distance, ni trop pr\u00e8s, ni trop loin.\nC'est pour cela que j'\u00e9cris ici en fran\u00e7ais, parce que tout est encore \u00e0 faire, qu'il faut que j'apprenne la langue pour m'en d\u00e9faire, pour me d\u00e9coloniser ; \u00e0 avoir assez de recul pour utiliser le fran\u00e7ais contre lui-m\u00eame, le d\u00e9coloniser.</p>\n<p>Toute cette \u00e9lucubration tient \u00e0 cela : rappeler \u00e0 un \u00e9ventuel moi futur pourquoi ce site est tel qu'il est (en langue fran\u00e7aise) et tel qu'il n'est pas (en langue anglaise).</p>\n</section>",
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J'ai fait toutes mes \u00e9tudes en France et en fran\u00e7ais. \u00c0 l'entr\u00e9e de l'\u00e9cole maternelle, on m'a fait chang\u00e9 de pr\u00e9nom parce ce que les sons n'\u00e9taient pas ceux de cette langue.\n\nDans le syst\u00e8me \u00e9ducatif, on ordonne les langues vivantes par ordre d'apprentissage. La norme fait donc, par exemple, qu'\u00e0 l'entr\u00e9e au coll\u00e8ge, on choisit une langue, europ\u00e9enne autre que le fran\u00e7ais, qui deviendra notre premi\u00e8re, autre, langue vivante, notre LV1.\n\nJe n'ai compris que tr\u00e8s r\u00e9cemment que mon rapport compliqu\u00e9 au fran\u00e7ais \u00e9tait un rapport compliqu\u00e9 aux cours de fran\u00e7ais, qui \u00e9tait li\u00e9 \u00e0 la confusion entre la francophonie, la culture nationale, la litt\u00e9rature nationale, la langue nationale, son centralisme et les tensions avec les r\u00e9gionalismes. Je ne comprenais rien aux devoirs et aux exercices. J'ai \u00e9t\u00e9 un cancre dans cette mati\u00e8re sans jamais vraiment comprendre pourquoi. Je ne comprenais pas qu'on m'apprenait autant une langue qu'\u00e0 devenir Fran\u00e7ais. Je n'ai ainsi vraiment appris ni \u00e0 \u00e9crire ni \u00e0 aimer \u00e9crire en fran\u00e7ais. C'est une langue \u00e0 la fois naturelle et imm\u00e9diate tout en \u00e9tant profond\u00e9ment \u00e9trang\u00e8re. Le fran\u00e7ais est en fait ma LV1.\n\nPour reprendre les mots de Frantz FanonJe ne vais pas chercher tr\u00e8s loin, c'est l'explicite du titre de son ouvrage le plus c\u00e9l\u00e8bre : Peau noire, masques blancs., le fran\u00e7ais a toujours \u00e9t\u00e9 pour moi un masque. Je suis bien conscient que j'essaie de formuler maladroitement une banalit\u00e9 diffuse de personnes des personnes racis\u00e9es vivant sur le territoire de l'ancienne m\u00e8re patrie. La m\u00e9taphore du masque m'est bien utile, car elle permet d'objectiver un d\u00e9calage entre la langue, identit\u00e9 et possession, je ne suis pas ma langue, ce n'est pas ma langue. La ma\u00eetrise de la langue ne dit pas grand-chose des uns et des autres, ce qu'ils pensent et la mani\u00e8re dont ils le pensent.\n\nC'est peut-\u00eatre pour \u00e7a que j'ai fait de l'anglais ma langue de travail loin avant d'en avoir un niveau convenable. Tout d'abord parce que c'est la langue de la science. D\u00e8s que j'ai pu, au milieu de la maitrise, je me suis mis \u00e0 lire des articles scientifiques en anglais. J'\u00e9tais abasourdi par la pauvret\u00e9, en quantit\u00e9, des traductions vers le fran\u00e7ais ainsi que les strat\u00e9gies d'accaparement et de distinction de certains corpus par des personnes ou des \u00e9coles. L'anglais me semblait \u00eatre la langue qui allait me permettre d'\u00e9chapper aux chemins tout trac\u00e9s de l'universit\u00e9 fran\u00e7aise et de son provincialisme. J'avais l'impression de participer \u00e0 la conversation et de jouer au jeu de la connaissance plut\u00f4t que de marquer mon territoire pour une place inexistante \u00e0 la fac et qui de toute fa\u00e7on ne me serait pas destin\u00e9e. J'avais aussi l'impression que \u00e7a me donnait un avantage parce que j'avais acc\u00e8s \u00e0 plus de ressources et que \u00e7a m'offrait aussi une porte de sortie vers d'autres territoires g\u00e9ographiques, de multiplier les partenaires de conversation. En anglais, on ne me faisait pas la remarque que je n'ai pas d'accent. Parce qu'en ai un, mais aussi parce que c'est normal que tout le monde en ait un, surtout les AllemandsSouvenir du discours de quelques personnes allemandes qui jugeaient de tr\u00e8s haut le niveau d'anglais des autres tout en faisant des g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, mais surtout en parlant avec un accent vraiment pittoresque. ou les texans qui n\u2019articulent rien du toutAutre bon souvenir d'un s\u00e9minaire de sociolinguistique o\u00f9 un invit\u00e9 m'a fait r\u00e9alis\u00e9 avec mon voisin qu'il y a une hi\u00e9rarchie de l\u00e9gitimit\u00e9 des accents.. C'\u00e9tait bien na\u00eff, mais c'est comme \u00e7a.\n\nEnsuite la langue anglaise est devenue une langue du quotidien. J'ai pu travailler dans des environnements internationaux o\u00f9 les locuteur\u00b7rices francophones \u00e9taient en minorit\u00e9. Le travail scientifique m'a aussi permis de voyager. J'ai ainsi pu profiter de certains d\u00e9placements pour rencontrer des bouts de ma famille exil\u00e9e aux \u00c9tats-Unis et \u00e0 Hong-kong. Cela m'a fait conscientiser qu'\u00e0 quelques hasards t\u00e9nus pr\u00e8s, j'aurais tr\u00e8s bien pu troquer le fran\u00e7ais pour une variante de l'anglais comme langue nationale.\n\nR\u00e9cemment, j'ai accept\u00e9 une mission avec de la r\u00e9daction en anglais. J'en suis tr\u00e8s content, je retrouve une familiarit\u00e9 avec cette langue apr\u00e8s une petite d\u00e9cennie dans des milieux majoritairement francophones. Je sentais bien que ma capacit\u00e9 \u00e0 m'exprimer en anglais se d\u00e9gradait. 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Ce retour \u00e0 cette langue me fait r\u00e9aliser que c'\u00e9tait une forme de l\u00e2chet\u00e9, un autre masque, celui de la distance et du snobisme.\n\nDans la m\u00eame mission, on m'a demand\u00e9 de produire en fran\u00e7ais et \u00e7a a \u00e9t\u00e9 une tr\u00e8s mauvaise exp\u00e9rience. Je red\u00e9couvre que je ne sais pas vraiment \u00e9crire en fran\u00e7ais, je sais produire les sons et les mots, mais je ne sais pas articuler mes id\u00e9es, tout cela sort en \u00e9tant hors de mon contr\u00f4le, de fa\u00e7on compulsive et impulsive. Je sais faire semblant, je sais jouer le jeu, je sais porter un masque et sa langue. En fait, je ne fais attention quand j'\u00e9cris et je ne sais pas le faire. Je n'ai pas cette vigilance que j'ai vis-\u00e0-vis d'autres langues. Mes impairs et mes incapacit\u00e9s sont normalis\u00e9s et me sont assign\u00e9s. Peut-\u00eatre que c'est pour cela que je n'aimais pas me relire, je ne voulais pas lire le manque de soin \u00e0 moi-m\u00eame. En me recentrant sur une autre langue \u00e0 d\u00e9couvrir, j'ai de la mati\u00e8re \u00e0 travailler, mais cette fois cela sera la mienne et une occasion de me r\u00e9inventer.\n\nLe fran\u00e7ais peut donc devenir, pour moi, une langue d'\u00e9criture, une langue po\u00e9tique, une langue dont les mots, et leurs agencements, sont \u00e0 la bonne distance, ni trop pr\u00e8s, ni trop loin. C'est pour cela que j'\u00e9cris ici en fran\u00e7ais, parce que tout est encore \u00e0 faire, qu'il faut que j'apprenne la langue pour m'en d\u00e9faire, pour me d\u00e9coloniser ; \u00e0 avoir assez de recul pour utiliser le fran\u00e7ais contre lui-m\u00eame, le d\u00e9coloniser.\n\nToute cette \u00e9lucubration tient \u00e0 cela : rappeler \u00e0 un \u00e9ventuel moi futur pourquoi ce site est tel qu'il est (en langue fran\u00e7aise) et tel qu'il n'est pas (en langue anglaise).",
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