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 "url": "https://11d.im/journal/2025/1222161426-les-vies-des-documents-graziani-princen-cca/",
 "published": "Mon Dec 22 2025 16:19:33 GMT+0100 (Central European Standard Time)",
 "updated": "Sat Jan 17 2026 19:21:49 GMT+0100 (Central European Standard Time)",
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 "content": "<section>\n<p>Le <a href=\"https://www.cca.qc.ca/fr/\">Centre Canadien d'Architecture</a> poss\u00e8de une archive de documents photographiques centr\u00e9e sans surprise sur l'architecture.\nCependant le parti pris de Phillis Lambert est de ne pas se limiter \u00e0 l'acquisition et l'archive de produits finis, tirages ou ouvrages, mais d'\u00e9tendre la collection aux objets interm\u00e9diaires les ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s.\n<em>Les vies des documents</em> est un travail de commande, celui d'aller interroger le travail p\u00e9riph\u00e9rique de la photographie d'architecture pour mieux en comprendre la d\u00e9marche.</p>\n<p>La principale question que se posent les auteurs est celle du parcours ant\u00e9rieur menant jusqu'aux productions finales, livres, tirages et expositions : les vies des documents, donc.\nComme ils l'expliquent, au fur et \u00e0 mesure des entretiens, c'est leur vision du \"projet\" en architecture transpos\u00e9 au travail photographique et artistique.\nLe b\u00e2timent en tant que sujet est donc secondaire.\n\u00ab\u00a0Nous voulons consid\u00e9rer les m\u00e9thodes de recherche, de travail, et de r\u00e9flexion d'un auteur ou d'une autrice sur une \u0153uvre plus \u00e9troitement que son sujet.\u00a0\u00bb\nCela permet de ne pas en faire un livre de photographie architecturale pour architectes.\nLe b\u00e2timent ne devient qu'un moment qui traverse un paysage ou qui est travers\u00e9 par les moments de vie.</p>\n<blockquote>\n<p>J'ai arr\u00eat\u00e9 de photographier des personnes depuis un certain temps. Plus je r\u00e9ussissais \u00e0 les photographier, plus je commencais \u00e0 douter de moi. J'avais l'impression d'utiliser une arme contre mes sujets ; j'ai commenc\u00e9 \u00e0 sentir les limites de cette approche de la photographie de personnes. J'ai alors commenc\u00e9 \u00e0 photographier des r\u00e9frig\u00e9rateurs, ce qui a donn\u00e9 naissance au livre ICE BOX, publi\u00e9 en 1997 par BeeBooks.</p>\n<footer>Tokuko Ushioda, p. 157</footer>\n</blockquote>\n<p>J'avais achet\u00e9 ce livre en pensant qu'il s'agirait avant tout d'une exploration ethnographique de la vie int\u00e9rieure des b\u00e2timents.\n<label class=\"margin-toggle\" for=\"mn-0\">\u2295</label><input class=\"margin-toggle\" id=\"mn-0\" type=\"checkbox\"/><span class=\"marginnote\">Les risques du m\u00e9tier quand on passe dans une librairie sp\u00e9cialis\u00e9e en compagnie d'un enfant de deux ans.\nSacr\u00e9e cascade que je ne tenterai pas de si t\u00f4t.</span>\nLa couverture du livre met en avant les travaux de <a href=\"https://en.wikipedia.org/wiki/Tokuko_Ushioda\">Tokuko Ushioda</a>.\nBon choix, car c'est sans doute l'entretien qui m'a le plus marqu\u00e9.\nElle y raconte son d\u00e9but de carri\u00e8re confront\u00e9 \u00e0 la structure patriarcale, notamment son choix de faire une \u00e9cole d'art plut\u00f4t qu'une \u00e9cole pour devenir une femme mari\u00e9e.\n\u00c0 l'\u00e9poque, la pratique de la photographie \u00e9tait une remise \u00e0 z\u00e9ro et un point d\u00e9part commun.\nJ'ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par son virage de la photographie de rue vers une photographie du quotidien tourn\u00e9e vers l'int\u00e9rieur de sa maison (sa famille, leur r\u00e9frig\u00e9rateur) et puis celle des autres (les frigos pris en plan large pour montrer des espaces vivants).\nLa premi\u00e8re approche \u00e9tait pour elle trop intrusive.\nD\u00e9dramatiser le bazar et respecter les gens, c'est un programme qui me pla\u00eet bien.\nL'ouvrage retourne \u00e9galement le dispositif sur les photographes elleux-m\u00eame en donnant \u00e0 voir leur espace de travail et de recherche.</p>\n<blockquote>\n<p>Mon regard photographique s'apparente plus \u00e0 une danse contact avec les fragments du monde que je rencontre. J'embrasse ce que je trouve plut\u00f4t que d'essayer de faire adh\u00e9rer mes d\u00e9couvertes \u00e0 une structure quelconque.</p>\n<footer>Marianne Mueller, p. 137</footer>\n</blockquote>\n<p>Les deux autres travaux qui ont retenu mon attention sont ceux de <a href=\"https://www.mariannemueller.com/\">Marianne Muller</a> et ceux de <a href=\"https://archive.is/jEbTt\">Bernd et Hilla Becher</a>.\nCependant, l'ouvrage suivant les choix curatoriaux du CCA, Phillis Lambert faisant un travail remarquable, il y a des choses \u00e0 tirer de tous les entretiens et de tous les artistes pr\u00e9sent\u00e9s.</p>\n<p>\u00c0 noter aussi pour les personnes qui sont refroidies (ou \u00e9chaud\u00e9es d'ailleurs) par le style d'\u00e9criture des architectes, ici leur prose se limite \u00e0 la pr\u00e9sentation des photographes et aux questions pos\u00e9es lors des entretiens.\nIls savent laisser de la place et de la parole aux personnes.\nC'est tr\u00e8s appr\u00e9ciable.</p>\n<p>\u00c0 vrai dire, j'avais aussi acquis cet ouvrage, car je cherche des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion pour int\u00e9grer la photographie \u00e0 mon travail d'\u00e9criture et d'enqu\u00eate.\nCe livre m'a permis de mettre des mots sur l'intersection entre le moyen et la finalit\u00e9.\nUne alternative \u00e0 la recherche de l'exceptionnel en montrant ces espaces auxquels on a tous acc\u00e8s et auxquels on peut tous se confronter.\nLa photographie non pas comme preuve mais comme trace fantomatique, du pouvoir, du quotidien, d'autres possibles, \u00e0 suivre.</p>\n</section>",
 "content-plain": "Le Centre Canadien d'Architecture poss\u00e8de une archive de documents photographiques centr\u00e9e sans surprise sur l'architecture. Cependant le parti pris de Phillis Lambert est de ne pas se limiter \u00e0 l'acquisition et l'archive de produits finis, tirages ou ouvrages, mais d'\u00e9tendre la collection aux objets interm\u00e9diaires les ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Les vies des documents est un travail de commande, celui d'aller interroger le travail p\u00e9riph\u00e9rique de la photographie d'architecture pour mieux en comprendre la d\u00e9marche.\n\nLa principale question que se posent les auteurs est celle du parcours ant\u00e9rieur menant jusqu'aux productions finales, livres, tirages et expositions : les vies des documents, donc. Comme ils l'expliquent, au fur et \u00e0 mesure des entretiens, c'est leur vision du \"projet\" en architecture transpos\u00e9 au travail photographique et artistique. Le b\u00e2timent en tant que sujet est donc secondaire. \u00ab\u00a0Nous voulons consid\u00e9rer les m\u00e9thodes de recherche, de travail, et de r\u00e9flexion d'un auteur ou d'une autrice sur une \u0153uvre plus \u00e9troitement que son sujet.\u00a0\u00bb Cela permet de ne pas en faire un livre de photographie architecturale pour architectes. Le b\u00e2timent ne devient qu'un moment qui traverse un paysage ou qui est travers\u00e9 par les moments de vie.\n\nJ'ai arr\u00eat\u00e9 de photographier des personnes depuis un certain temps. Plus je r\u00e9ussissais \u00e0 les photographier, plus je commencais \u00e0 douter de moi. J'avais l'impression d'utiliser une arme contre mes sujets ; j'ai commenc\u00e9 \u00e0 sentir les limites de cette approche de la photographie de personnes. J'ai alors commenc\u00e9 \u00e0 photographier des r\u00e9frig\u00e9rateurs, ce qui a donn\u00e9 naissance au livre ICE BOX, publi\u00e9 en 1997 par BeeBooks.\nTokuko Ushioda, p. 157\nJ'avais achet\u00e9 ce livre en pensant qu'il s'agirait avant tout d'une exploration ethnographique de la vie int\u00e9rieure des b\u00e2timents. \u2295Les risques du m\u00e9tier quand on passe dans une librairie sp\u00e9cialis\u00e9e en compagnie d'un enfant de deux ans. Sacr\u00e9e cascade que je ne tenterai pas de si t\u00f4t. La couverture du livre met en avant les travaux de Tokuko Ushioda. Bon choix, car c'est sans doute l'entretien qui m'a le plus marqu\u00e9. Elle y raconte son d\u00e9but de carri\u00e8re confront\u00e9 \u00e0 la structure patriarcale, notamment son choix de faire une \u00e9cole d'art plut\u00f4t qu'une \u00e9cole pour devenir une femme mari\u00e9e. \u00c0 l'\u00e9poque, la pratique de la photographie \u00e9tait une remise \u00e0 z\u00e9ro et un point d\u00e9part commun. J'ai \u00e9galement \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par son virage de la photographie de rue vers une photographie du quotidien tourn\u00e9e vers l'int\u00e9rieur de sa maison (sa famille, leur r\u00e9frig\u00e9rateur) et puis celle des autres (les frigos pris en plan large pour montrer des espaces vivants). La premi\u00e8re approche \u00e9tait pour elle trop intrusive. D\u00e9dramatiser le bazar et respecter les gens, c'est un programme qui me pla\u00eet bien. L'ouvrage retourne \u00e9galement le dispositif sur les photographes elleux-m\u00eame en donnant \u00e0 voir leur espace de travail et de recherche.\n\nMon regard photographique s'apparente plus \u00e0 une danse contact avec les fragments du monde que je rencontre. J'embrasse ce que je trouve plut\u00f4t que d'essayer de faire adh\u00e9rer mes d\u00e9couvertes \u00e0 une structure quelconque.\nMarianne Mueller, p. 137\nLes deux autres travaux qui ont retenu mon attention sont ceux de Marianne Muller et ceux de Bernd et Hilla Becher. Cependant, l'ouvrage suivant les choix curatoriaux du CCA, Phillis Lambert faisant un travail remarquable, il y a des choses \u00e0 tirer de tous les entretiens et de tous les artistes pr\u00e9sent\u00e9s.\n\n\u00c0 noter aussi pour les personnes qui sont refroidies (ou \u00e9chaud\u00e9es d'ailleurs) par le style d'\u00e9criture des architectes, ici leur prose se limite \u00e0 la pr\u00e9sentation des photographes et aux questions pos\u00e9es lors des entretiens. Ils savent laisser de la place et de la parole aux personnes. C'est tr\u00e8s appr\u00e9ciable.\n\n\u00c0 vrai dire, j'avais aussi acquis cet ouvrage, car je cherche des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion pour int\u00e9grer la photographie \u00e0 mon travail d'\u00e9criture et d'enqu\u00eate. Ce livre m'a permis de mettre des mots sur l'intersection entre le moyen et la finalit\u00e9. Une alternative \u00e0 la recherche de l'exceptionnel en montrant ces espaces auxquels on a tous acc\u00e8s et auxquels on peut tous se confronter. La photographie non pas comme preuve mais comme trace fantomatique, du pouvoir, du quotidien, d'autres possibles, \u00e0 suivre.",
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